Focus sur l Ile Tudy- histoire et balade
- christiantonelli
- il y a 1 jour
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Introduction
L’Île-Tudy est un petit joyau du Finistère sud, niché dans le Pays Bigouden, à une vingtaine de kilomètres au sud de Quimper. Cette commune bretonne, qui compte environ 750 habitants à l’année, porte encore fièrement son nom d’« île » alors qu’elle n’en est plus une depuis plus d’un siècle et demi. Presqu’île effilée, presque flottante entre mer et rivière, elle offre un mélange unique d’authenticité maritime, de plages sauvages et de quiétude, loin des grandes stations balnéaires voisines.
Une insularité qui n’était pas totale… mais bien réelle
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’Île-Tudy vivait une insularité relative mais très marquée. Reliée au continent (à la commune de Combrit) par une fine langue de sable – une flèche dunaire –, elle redevenait une véritable île lors des grandes marées ou des tempêtes. Ce cordon littoral, souvent submergé, laissait derrière lui des vasières, des prés-salés et une lagune. Le seul passage praticable, le « Truc » ou « Treue », un gué dangereux, était franchissable uniquement à marée basse. L’histoire garde le souvenir de plusieurs noyades dramatiques au XVIIIe siècle, dont celle du recteur René Gariou en 1734.

Les conditions de vie y étaient rudes : pas d’eau potable (seulement des puits saumâtres), risques constants de submersions (notamment lors du raz-de-marée de 1755 lié au séisme de Lisbonne), marais insalubres et moustiques. Les habitants, appelés Îliens, vivaient principalement de la pêche côtière, de la cueillette de coquillages et crustacés (moules, huîtres, palourdes, crevettes), souvent vendus par les femmes sur les marchés de Pont-l’Abbé.
1852 : la digue qui change tout
En 1852, deux aristocrates bretons s’associèrent pour mettre fin à cette quasi-insularité. Ils firent construire une digue équipée d’une écluse : la digue de Kermor. Ce grand chantier de poldérisation assécha une partie de la lagune, créa l’étang de Kermor et environ 300 hectares de polders (transformés en terres agricoles puis en zones urbanisées plus tard). Désormais reliée en permanence au continent par une route, l’Île-Tudy devint une presqu’île accessible à toute heure, quelles que soient les marées.
Cette transformation révolutionna la vie locale : fin des isolements forcés, amélioration de l’hygiène, développement économique. Il fallut attendre 1897 pour que l’eau potable arrive enfin, grâce à la comtesse de Palokao qui fit acheminer l’eau de sa fontaine de Kerharo par plus de 5 km de canalisations.
Une géographie singulière et fragile

Avec seulement 1,26 km², l’Île-Tudy est l’une des plus petites communes de France. Elle s’étire en forme de flèche ou de doigt pointé vers la mer, protégée des houles de l’Atlantique par la position même de la presqu’île. Elle est bordée :
À l’ouest et au sud par l’océan et de superbes plages de sable fin (plage de la Grève Blanche, plage des Kaolins, plage du Nau…)
À l’est par la rivière de Pont-l’Abbé et l’anse du Pouldon, vaste grève qui se découvre largement à marée basse
Au nord par la liaison terrestre vers Combrit
Son altitude maximale ne dépasse pas 5 mètres : la commune vit donc sous la menace permanente de la montée des eaux et des tempêtes. Ce site préservé mêle dunes, cordon littoral, zones humides et petits bois, offrant un paysage à la fois sauvage et très doux.
Des conserveries au tourisme familial
Au XIXe et au début du XXe siècle, l’Île-Tudy fut un port sardiniers actif. Les premières conserveries du sud de la Bretagne y ouvrirent dès 1857-1860. Les chaloupes sardinières partaient d’ici, et les usines (Martin, Canaud, Divanach…) employaient une grande partie de la population. L’activité déclina progressivement après la Seconde Guerre mondiale.Aujourd’hui, la pêche professionnelle a quasiment disparu. L’ostréiculture subsiste modestement, le port s’est tourné vers la plaisance et les écoles de voile. Mais c’est surtout le tourisme familial qui fait vivre la presqu’île depuis les années 1950-1960.

Les visiteurs viennent pour :
Ses longues plages de sable fin, surveillées en été, idéales pour les familles
La pêche à pied sur l’immense estran de l’anse du Pouldon (coques, palourdes, bigorneaux…)
Les balades à pied ou à vélo autour de la presqu’île (à marée basse on en fait presque le tour complet)
Le charme des ruelles étroites bordées de maisons de pêcheurs en pierre blanche, aux volets colorés et aux hortensias débordants
L’église Saint-Tudy (XVIIIe-XIXe siècles) et son petit cimetière marin
L’ambiance paisible, loin des foules, avec quelques bars, crêperies et restaurants face à la mer
La navette passeur vers Loctudy (5 minutes de traversée pour 1-2 €)
L’Île-Tudy n’est pas une station bruyante : elle reste un lieu discret, authentique, où l’on vient chercher le silence des vagues, le vent salé et cette sensation unique d’être « au bout du monde »… tout en étant à 20 minutes de Quimper.Un petit coin de Bretagne qui, sans faire de bruit, marque durablement ceux qui y posent leurs valises.
Une tourelle emblématique

La Tourelle des Perdrix (ou parfois « la Perdrix » selon le côté de la rive) est l’un des emblèmes les plus reconnaissables du Pays Bigouden, et particulièrement de l’Île-Tudy. Visible depuis la pointe de la presqu’île, depuis la plage du Teven ou même depuis les ruelles hautes du village, elle trône au milieu de l’estuaire, sentinelle muette et élégante face à Loctudy.
Une origine liée au danger de l’estuaire
Son histoire commence au XIXe siècle, à une époque où la navigation dans la rivière de Pont-l’Abbé (appelée autrefois An Teir ou Teïer, « les trois » en breton, en référence aux trois bras de l’estuaire) devient de plus en plus intense. Les ports de l’Île-Tudy (pêche), de Loctudy (commerce) et de Pont-l’Abbé (exportations agricoles) voient passer des navires de tonnage croissant. Or, à l’entrée du chenal, un plateau rocheux affleure à marée basse mais disparaît complètement à marée haute : un piège mortel pour les bateaux.

En breton, ce rocher s’appelle Ar Gluger (« la perdrix »). À marée basse, l’amas de petits rochers évoque une compagnie de perdrix tapies dans un champ – d’où le nom qui s’est imposé. Avant 1872, aucune carte marine ne le mentionne précisément ; les naufrages sont fréquents.
En 1872, une simple perche rouge en bois est plantée sur une petite base maçonnée. Insuffisant. En 1886, on installe une balise conique rouge avec un voyant sphérique. Toujours pas assez visible. Finalement, après plusieurs incidents (dont l’échouage du trois-mâts Saint-Louis en 1889), les municipalités de l’Île-Tudy et de Loctudy obtiennent la construction d’une vraie tourelle :
Hauteur : 17,40 m au-dessus du niveau des plus basses mers
Mise en service du feu permanent : 25 février 1918
Forme : tour octogonale initialement rouge
En 1947, elle reçoit sa livrée si particulière : damiers noirs et blancs (64 cases au total), ce qui en fait une des rares (voire la seule en France) tourelles à damier noir et blanc – une exception accordée par les Phares et Balises en raison de sa « célébrité » locale.
La rivalité amicale « la » vs « les » Perdrix
Curiosité linguistique : les habitants de l’Île-Tudy parlent traditionnellement de la Perdrix, tandis que ceux de Loctudy disent les Perdrix. Cette différence (article singulier ou pluriel) reflète la vision depuis chaque rive. Aujourd’hui, sur la tourelle elle-même, l’article n’est plus peint, laissant planer le mystère…
Déclassement, décapitation… et résurrection
En 2000, le chenal est balisé par des bouées vertes et rouges plus modernes. La tourelle perd son utilité nautique. En 2002, elle est déclassée ; son feu et sa girouette sont démontés, puis la tête est carrément supprimée en juillet 2002. Stupeur générale des deux côtés de la ria !

Les deux communes se mobilisent conjointement. L’État transfère la propriété à l’Île-Tudy en 2002, mais un accord est passé pour que Loctudy participe aux frais d’entretien. Sur les plans de l’architecte M. Longvilliers, la tourelle retrouve sa toiture octogonale traditionnelle et sa girouette. Elle est réinaugurée en 2003 dans son aspect de 1947-1918.
En 2018, son centenaire est célébré des deux rives, en mer et à terre, avec feux d’artifice, parades nautiques et concerts.Aujourd’hui : un amer visuel et un symbole partagé
La Tourelle des Perdrix n’éclaire plus, mais elle reste un amer (point de repère visuel) précieux pour les plaisanciers et les pêcheurs. Depuis l’Île-Tudy, elle est particulièrement photogénique au coucher du soleil, quand les damiers se découpent sur l’horizon orangé, ou par mer agitée quand les vagues viennent la lécher. Elle incarne le lien indéfectible entre l’Île-Tudy et Loctudy, deux communes unies par le même saint patron (Tudy) et par cette rivière partagée.Si vous venez à l’Île-Tudy, montez jusqu’à la pointe du Teven ou longez la rive est à marée basse : la silhouette de la Perdrix surgit comme un phare d’un autre temps, élégante, un peu fière, et toujours fidèle au poste. Un petit morceau de patrimoine breton qui, sans bruit, continue de veiller sur l’estuaire.
Le tour de l’Île-Tudy à pied
En partant du parking du Teven est l’une des balades les plus agréables et accessibles de la presqu’île. C’est un circuit familial, sans véritable dénivelé (moins de 10-15 m au total), qui permet de découvrir les deux visages de l’Île-Tudy : l’océan à l’ouest et au sud, et l’estuaire paisible à l’est.
Le parking de départ
Le parking du Teven (Avenue du Teven) est gratuit, spacieux (même en été), et très bien placé juste derrière la plage du Teven. Il dispose de toilettes sèches, d’un accès direct à la plage et d’un centre nautique à proximité. C’est le spot idéal pour éviter le stress des ruelles étroites du bourg en haute saison.
Le circuit « Le tour de l’Île-Tudy »C’est le parcours officiel le plus populaire (promu par l’office de tourisme du Pays Bigouden et plusieurs sites de randonnée). Il fait environ 6,5 à 7 km selon les variantes, pour 1 h 45 à 2 h 30 de marche effective (pauses photos et pique-nique non inclus).

Sens conseillé (dans le sens des aiguilles d’une montre, le plus fluide) :
Départ parking du Teven → Plage du Teven et sentier côtier ouest
Descendez vers la plage (grande étendue de sable fin exposée sud-ouest). Suivez le sentier qui longe la dune (souvent sur le haut de la plage ou sur la digue basse). Vous passez devant le centre nautique. Vue superbe sur la baie de Bénodet et parfois sur les Glénan au loin. Comptez 1,5–2 km de marche facile le long de l’océan.

Pointe sud → Ruelles du bourg
À l’extrémité sud (pointe de l’Île-Tudy), le sentier oblique vers l’est. Vous entrez dans le village par des ruelles charmantes bordées de maisons de pêcheurs blanches aux volets bleus ou verts, hortensias et petits murets. Vous longez l’église Saint-Tudy et son cimetière marin, puis descendez vers le petit port (plaisance + anciens hangars).
Port → Anse du Pouldon (rive est)
Traversez le bourg vers l’est. Vous arrivez sur la digue de Kermor (celle de 1852 qui a rattaché l’île au continent). Suivez le chemin qui longe l’anse du Pouldon (vaste grève découverte à marée basse, idéale pour la pêche à pied). C’est la partie la plus calme : lagune, prés-salés, oiseaux (aigrettes, hérons…).
À marée basse, on peut parfois descendre sur l’estran

Retour vers le nord → Étang de Kermor et polders
Continuez le long du canal principal (zone protégée Conservatoire du Littoral). Vous passez près de l’étang de Kermor, puis revenez vers le parking par une sente ombragée et une petite route. Certains tronçons passent par des allées cavalières ou des chemins agricoles
Arrivée au parking du Teven
Boucle bouclée ! Vous revenez pile au point de départ.
Variantes possibles
Version courte (3–4 km) : juste plage du Teven + bourg + petit port + retour par la digue.
Version plage à marée basse : à marée basse, on peut longer une grande partie de l’estran de l’anse du Pouldon (coques, palourdes… mais respectez les zones interdites).
Version étendue (10–12 km) : inclure le GR®34 vers la plage de Kermor et le polder de Combrit (plus sauvage, mais ajoute 1 h 30–2 h).
Conseils pratiques
Meilleure période : printemps, été indien ou automne. En été, partez tôt (avant 10 h) pour éviter la chaleur et la foule sur la plage.
Chiens : obligatoirement en laisse partout (et interdits sur les plages surveillées du 1er mai au 30 septembre).
Marées : consultez-les ! À marée haute, le paysage est plus marin ; à marée basse, l’estran est immense et la Tourelle des Perdrix semble plus proche.
Équipement : chaussures confortables (sentier sableux par endroits), eau, crème solaire, chapeau. Tables de pique-nique sur plusieurs points.
Difficulté : très facile, accessible aux enfants et aux seniors (pas de rochers ni de fortes montées).
C’est une balade qui résume parfaitement l’Île-Tudy : océan, village authentique, estuaire paisible, et cette sensation d’être au bout d’un doigt de terre breton. Prenez votre temps, respirez l’iode, et profitez des bancs face à la mer pour regarder la Tourelle des Perdrix veiller sur l’horizon. Bonne promenade !
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Toutes les photos sont prises par mes soins et sont donc ma propriété. Vous pouvez me les demander si nécessaire.
