Plein feu sur Eckmühl - Un phare emblematique
- christiantonelli
- il y a 2 jours
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Le phare d'Eckmühl : un géant de lumière à la pointe de Penmarc'h

Sur la pointe de Saint-Pierre, à Penmarc'h (Finistère), se dresse l'un des phares les plus emblématiques de Bretagne : le phare d'Eckmühl. Avec ses 65 mètres de hauteur (le plus haut des trois édifices du site), ses 307 marches et sa silhouette élancée en pierre de Kersanton, il domine l'une des côtes les plus dangereuses de France, semée de récifs et balayée par les tempêtes atlantiques. Mais ce monument n'est pas seulement un repère pour les marins : il raconte une histoire unique mêlant naufrages, progrès technique et un legs princier inattendu.
L'historique des trois phares de la pointe de Saint-Pierre
La pointe de Penmarc'h abrite une concentration exceptionnelle de phares — trois générations successives sur un même site, chose rarissime en Europe.
La « Vieille Tour » (ou tour à feu de la chapelle Saint-Pierre)
La plus ancienne remonte probablement au début du XVᵉ siècle. Il s'agit d'une tour carrée adossée à la chapelle Saint-Pierre, flanquée d'une échauguette en cul-de-lampe. Elle servait à la fois de tour de vigie, de poste de garde et probablement de tour à feu primitive. Les marins y allumaient des feux pour signaler leur présence face aux récifs mortels de la pointe. Elle a fonctionné jusqu'à la Révolution française, puis a été progressivement délaissée au profit d'installations plus modernes.
Le phare de Penmarc'h (1835)
Au XIXᵉ siècle, la navigation s'intensifie et les moyens optiques s'améliorent. En 1835 est allumé un nouveau phare de 40 mètres de hauteur, construit en maçonnerie de pierres de taille par l'entrepreneur Rouvillois de Glomel. Équipé de 16 lentilles de Fresnel et fonctionnant à l'huile de colza, il marque une nette avancée. Trois gardiens sont nommés dès l'origine : Magloire Bonilleau, Hervé Le Cloarec et Pierre Drouet. Cependant, sa hauteur devient vite insuffisante pour les exigences croissantes de la navigation.

Le phare d'Eckmühl (1897)
C'est le troisième et dernier né, le plus imposant et le plus moderne des trois. Il remplace définitivement le phare de 1835, éteint en 1897 après sa mise en service.
Ces trois phares coexistent encore aujourd'hui sur la pointe : la Vieille Tour témoigne du Moyen Âge, le phare de 1835 (aujourd'hui centre de découverte maritime) du XIXᵉ siècle naissant, et Eckmühl incarne l'apogée technique de la fin du siècle.
La construction du phare d'Eckmühl : un projet bouleversé par un legs royal
À la fin du XIXᵉ siècle, la France lance un vaste programme d'électrification des grands phares côtiers (loi du 3 avril 1882, impulsée par l'ingénieur Émile Allard). Le phare de Penmarc'h de 1835, haut de 40 mètres, ne peut pas être rehaussé suffisamment pour accueillir le nouveau système optique puissant (portée visée autour de 100 km). En 1890, les autorités décident donc de construire un nouveau phare de 54,20 mètres. Les plans sont validés le 6 octobre 1892 pour un budget estimé à 110 000 francs.

Mais le 7 octobre 1892, tout change : la marquise Adélaïde-Louise d'Eckmühl de Blocqueville, fille du célèbre maréchal d'Empire Louis-Nicolas Davout (duc d'Auerstaedt et prince d'Eckmühl, héros de la bataille d'Eckmühl en Bavière en 1809), décède. Dans son testament rédigé dès 1885, elle lègue 300 000 francs-or pour la construction d'un phare sur une côte française dangereuse, à condition qu'il porte le nom d'Eckmühl en hommage à son père. Elle exprime son vœu émouvant : « Les larmes versées par la fatalité des guerres seront ainsi rachetées par les vies sauvées de la tempête. »
Le legs est providentiel pour Penmarc'h, qui sort alors d'un long marasme économique grâce à l'essor des conserveries de sardines à Saint-Guénolé. Une commission choisit la pointe de Penmarc'h (devant l'île Vierge) parmi les sites possibles. Une convention est signée le 22 décembre 1892 entre l'exécuteur testamentaire et l'État ; un décret du 16 mars 1893 officialise le projet.
Pour honorer la testatrice, l'État s'adjoint les services de l'architecte parisien Paul Marbeau (1843-1907) pour concevoir une partie décorative inédite sur un phare : socle, corniche, campanile et parements en pierre de Kersanton (granit fin et résistant), opaline, bronze poli, chêne et acajou d'Australie. Le budget passe à 600 000 francs (le double du legs initial, le reste étant pris en charge par l'État). Les travaux, confiés à l'entreprise Vabre, débutent en septembre 1893 et durent quatre ans. L'ancien phare de 1835 reste en fonction pendant le chantier ; une maison de gardiens et un calvaire sont détruits pour laisser place au nouveau.

Le phare est inauguré le 17 octobre 1897. Il mesure 65 mètres (66,23 m avec la girouette), compte 307 marches et émet un éclat blanc toutes les 5 secondes avec une portée de 45 km.
Classé Monument historique depuis 2011, il attire aujourd'hui plus de 75 000 visiteurs par an.Plus qu'un simple feu maritime, le phare d'Eckmühl symbolise à la fois l'héroïsme des gardiens d'autrefois, la modernité technique de la Belle Époque et un geste princier qui unit l'histoire napoléonienne à la rude côte bigoudène. Un lieu où l'on monte les 307 marches non seulement pour admirer la vue, mais pour toucher du doigt une page d'histoire illuminée.
La course du phare d'Eckmühl
Officiellement appelée Montée du Phare d'Eckmühl (ou parfois surnommée « Championnat du monde de la montée du phare d'Eckmühl »), elle est l'une des épreuves sportives les plus atypiques et les plus populaires du Finistère. Elle a lieu tous les ans fin août à Penmarc'h, sur la pointe de Saint-Pierre, et attire athlètes confirmés, amateurs courageux et même des curieux venus pour l'ambiance.Une course ultra-courte… mais ultra-violente
L'épreuve consiste à gravir le plus vite possible les 307 marches en granit du phare d'Eckmühl (65 m de haut), en partant du pied de l'édifice jusqu'au balcon juste en dessous de la lanterne. Distance totale : environ 300 mètres à la verticale, avec un dénivelé positif brutal.
Départ : par séries de 10 à 12 coureurs (parfois 13), une vague toutes les minutes ou toutes les 20 secondes environ selon les éditions.
Chronométrage : contre-la-montre individuel, chrono mesuré du départ à la dernière marche franchie.
Règle stricte : interdiction formelle de s'aider de la rampe (décision des Phares et Balises pour préserver le monument historique classé).
Technique : les meilleurs montent les marches par trois, puis par deux en fin d'ascension. Beaucoup finissent à quatre pattes !
C'est un effort anaérobie pur, comparable à un 400 m haies en intensité, mais dans un escalier en colimaçon étroit et sombre. L'épreuve dure entre 46 secondes (record masculin historique) et plus de 4 minutes pour les plus lents.

Historique rapide
L'idée naît en 1997, lors du centenaire du phare, portée par Corentin Peoc'h (figure locale, aujourd'hui âgé de plus de 80 ans et toujours impliqué). La première édition officielle a lieu en 2007 pour les 110 ans du phare, organisée à l'époque par le Club Athlétique Bigouden (CAB).En 2023, le CAB annonce arrêter ; l'épreuve est sauvée in extremis par le FC Begood United (club de foot d'entreprise local) qui la reprend avec Corentin Peoc'h et Hervé Le Coz comme conseillers techniques. Depuis, l'événement perdure et se modernise un peu.
Records actuels (basés sur les dernières éditions connues)
Hommes : 46 s 54 par Maxime Signorino (2015) – un chrono mythique jamais égalé depuis. Des approches récentes tournent autour de 47-51 s.
Femmes : 1 min 02 s 88 par Agathe Guillemot (Penmarc'haise, CA Bigouden), record établi en 2021. Elle a remporté l'épreuve sept fois consécutives (2015-2022) avant de se consacrer à sa carrière sur piste et route.
Format récent (2024-2025)
Depuis 2024, une nouveauté : une épreuve en relais entreprises le matin (3 coureurs par équipe, chacun ~100 marches), suivie l'après-midi du championnat individuel à partir de 13h40-14h.
En 2025, la 17e édition s'est tenue le samedi 23 août (annulée en 2024 pour cause de météo). Elle affiche souvent complet très vite (150-160 places max pour préserver le site).
Ambiance et particularités
Le phare est fermé au public toute la journée.
Public nombreux au pied du phare pour encourager.
Associations locales (Horizons d’Espoir, PenmaR’Ose…) présentes.
Inscription ~8 €, sur Klikego, avec certificat médical ou licence FFA obligatoire.
Ambiance festive et bon enfant malgré l'effort extrême : encouragements, animations, et parfois des célébrités locales ou des « Mister France » qui tentent l'aventure !
Bref, c'est bien plus qu'une course : un rituel bigouden, un défi vertical unique en France, et une belle façon de (re)découvrir le phare d'Eckmühl sous un angle… essoufflant ! Si tu passes dans le coin fin août, ça vaut le détour, même juste pour regarder.

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Toutes les photos sont prises par mes soins et sont donc ma propriété. Vous pouvez me les demander si nécessaire.




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