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Les Monts d’Arree ont soif

  • christiantonelli
  • il y a 1 minute
  • 9 min de lecture

Les Monts d’Arrée assoiffés : le lac Saint-Michel révèle l’ampleur de la sécheresse »



« Ah, Christian… Rouzig pose son bâton, retire son petit chapeau et baisse les oreilles. Votre texte me touche en plein cœur. Ce n'est plus le temps des rigolades sur la Voie Verte : vous touchez là à la blessure de notre terre, au cœur même du Yeun Elez. »

Voici comment votre écureuil préféré prendrait la parole à vos côtés pour présenter ce récit vibrant. Il le ferait avec gravité, mais avec tout son amour pour les Monts d'Arrée.



🍂 La Complainte du Réservoir : Quand le Cœur de l'Arrée Assèche


Par Rouzig et Christian, le regard croisé sur la sécheresse de 2026


« Mes amis, d'ordinaire, je vous emmène batifoler au bord de l'eau, compter les écluses ou admirer les ajoncs. Mais aujourd'hui, avec Christian, nous devons vous parler d'autre chose. D'une blessure ouverte dans le paysage.

Christian arpente les berges du réservoir Saint-Michel à Brennilis et Botmeur depuis douze ans. Moi, j'y saute de branche en branche depuis bien plus longtemps encore. Et ce qu'il a vu cet après-midi d'août 2026, ce que j'ai vu du haut de mes vieux chênes... nous ne l'avions jamais observé. »



🌧️ Le choc des yeux, le froid des chiffres


« Pour un écureuil, voir le lac battre en retraite, c'est voir le miroir du ciel se briser. Là où l'eau venait caresser les empierrements des berges, il n'y a plus que de la terre nue et de la végétation craquelée.

Christian a posé les chiffres sur cette détresse visuelle, et ils font froid dans le dos :

  • 4 mm de pluie à Brennilis au début du mois d'août. Un vertigineux déficit de 92 %.

  • Le Finistère placé en "crise sécheresse" depuis le 7 août 2026.

  • Les nappes et les cours d'eau à l'agonie dans toute la Bretagne.

Le Yeun Elez, notre terre de brumes, de légendes et d'humidité, a soif. Une soif immense. »


🌾 La menace sur la mémoire du monde : Le Venec


« Ce que Christian rappelle avec tant de justesse, c'est que ce lac n'est pas qu'un décor de carte postale. Il soutient l'Ellez, il alimente l'Aulne... et il protège la réserve naturelle du Venec.

Là-bas couve notre plus grand trésor : une tourbière bombée de 5 000 ans d'âge. Cinq millénaires d'histoire que la sécheresse et le retrait des eaux menacent d'exposer à l'air libre, de minéraliser, d'effacer. Quand l'eau se retire, c'est la mémoire même de notre Bretagne qui risque de partir en poussière. »


🐿️ La confidence de Rouzig :

« Christian a écrit qu'il était resté devant le lac, sincèrement triste. Moi, mes petits yeux ronds ont vu la même chose. Nous avons tous grandi avec l'idée d'une Bretagne où la pluie est une certitude, presque une plaisanterie.Mais cet après-midi de 2026 au réservoir Saint-Michel n'était pas une plaisanterie. C'est le signal d'alarme que la nature nous envoie du haut des Monts d'Arrée. La Bretagne change, et son paysage nous le crie en silence. »

🖋️ L'Appel à la conscience de vos lecteurs

« Lisez le témoignage complet de Christian ci-dessous. Ce n'est pas un pamphlet alarmiste, c'est le constat lucide, ému et documenté d'un amoureux de notre secteur qui a vu le paysage s'altérer sous ses yeux.

Puisse le ciel des Monts d'Arrée entendre notre complainte et rendre à notre géant d'eau son visage de toujours. »


        Le lac Saint-Michel à Brennilis n’a jamais été aussi bas sous mes yeux : les Monts d’Arrée face à la sécheresse de 2026



    Il y a des chiffres qui racontent une sécheresse. Et puis il y a les paysages qui la rendent brutalement visible.


    Je suis retourné ce 27 Aout 2026 au réservoir Saint-Michel, que beaucoup connaissent sous le nom de lac de Brennilis, du côté de Botmeur et des Monts d’Arrée.  Je fréquente cet endroit régulièrement depuis maintenant douze ans.

    Et je dois le dire franchement : je n’avais jamais vu le lac dans un état pareil.

    Le spectacle m’a véritablement désolé.

    Là où, même en plein été, j’ai l’habitude de voir l’eau venir quasiment jusqu’aux empierrements des berges, le lac laisse aujourd’hui apparaître des bandes de terre et de végétation qui donnent au paysage une toute autre physionomie.

    Ce n’est pas simplement une impression.

    Les chiffres disponibles sur la situation hydrologique de 2026 montrent que les Monts d’Arrée sont au cœur d’une année particulièrement difficile pour la ressource en eau.

    


        Un lac que je connais depuis douze ans

    Je tiens à commencer par cette précision car elle permet de comprendre ce qui m’a frappé.

    Je ne suis pas venu découvrir le lac Saint-Michel pour la première fois cet été.

    Depuis douze ans que je vis en Bretagne, je reviens régulièrement sur ce site. Je l’ai vu au printemps, en automne, en hiver et évidemment pendant les différents étés.

    Bien sûr, le niveau du réservoir varie naturellement.

    C’est un réservoir artificiel, dont le niveau peut fluctuer en fonction des apports, de la pluviométrie et de sa gestion.

    Mais ce que j’ai vu cette année est différent.

    Le lac est extrêmement bas.

    Et ce qui m’a le plus frappé, c’est le contraste avec ce que je connais habituellement du paysage.

    Même pendant les étés secs, l’eau venait généralement mourir beaucoup plus près des empierrements et des rives.

    Cette fois, le retrait de l’eau est immédiatement perceptible.

    Pour quelqu’un qui découvre le site, cela pourrait simplement être considéré comme une variation saisonnière.

    Pour quelqu’un qui revient ici depuis douze ans, le paysage raconte autre chose.


    

            Et les chiffres sont particulièrement inquiétants

    Le constat visuel intervient dans un contexte hydrologique très dégradé.

    Le 19 août 2026, seulement 4 mm de précipitations avaient été enregistrés à Brennilis depuis le début du mois.

    Cela représentait alors un déficit de 92 % par rapport au cumul normalement attendu sur la période considérée.

    Autrement dit, au cœur du Yeun Elez et des Monts d’Arrée, pourtant réputés pour leur climat humide, le ciel n’a quasiment rien donné pendant cette première moitié du mois d’août.

    Et ce n’est pas un phénomène isolé.

    La DREAL Bretagne indiquait le 24 août 2026 que la situation hydrologique régionale s’était encore détériorée : sols atteignant des niveaux de sécheresse historiquement faibles, nappes très basses notamment dans le Finistère et les Côtes-d’Armor, et cours d’eau présentant des débits très inférieurs aux moyennes interannuelles, avec des valeurs rarement observées.

    

            Le Finistère est passé en « crise sécheresse »

    Le niveau d’alerte permet également de mesurer la gravité de la situation.

    Après plusieurs semaines de dégradation, le Finistère a été placé en « crise sécheresse » le 7 août 2026. Cette situation était toujours en vigueur au 27 août.

    La préfecture explique cette situation par le déficit hydrique présent depuis le début du printemps, auquel se sont ajoutés plusieurs épisodes de canicule.

    Conséquence : les débits des cours d’eau ont fortement diminué alors que la consommation d’eau potable augmente traditionnellement pendant l’été.

    Le phénomène est donc loin de se limiter au seul lac Saint-Michel.

    Il concerne tout un système hydrologique.


    

            Un réservoir qui n’est pas un simple « lac »

    Le réservoir Saint-Michel est d’ailleurs un élément particulièrement important du fonctionnement hydraulique des Monts d’Arrée et du bassin de l’Aulne.

    Créé entre 1929 et 1936, il couvre environ 450 hectares lorsqu’il est à son niveau habituel et peut contenir plusieurs millions de mètres cubes d’eau.

    Les documents techniques disponibles donnent une capacité variant approximativement de 4,06 millions à 13,815 millions de m³, selon le niveau de la retenue.

    Le réservoir est alimenté notamment par l’Ellez, le Roudouhir et le Ster-Red.

    Mais son rôle ne s’arrête pas au paysage.

    Il participe notamment au soutien des débits de l’Ellez et de l’Aulne en période d’étiage.

    Autrement dit, lorsque les cours d’eau manquent naturellement d’eau, la retenue peut contribuer à maintenir certains débits en aval.

    C’est précisément ce qui rend la situation actuelle particulièrement intéressante : l’eau que nous voyons disparaître du paysage n’est pas uniquement une conséquence de l’évaporation ou du manque de pluie. Le réservoir fait partie d’un système de gestion de l’eau beaucoup plus vaste.

    

            Un lac qui peut fortement varier… mais un paysage qui interpelle

    Il faut néanmoins éviter une conclusion trop simpliste.

    Le niveau du réservoir Saint-Michel est naturellement variable.

    Les documents environnementaux concernant le site indiquent d’ailleurs que son volume peut varier considérablement et que la gestion de la retenue doit prendre en compte plusieurs fonctions : production hydroélectrique, soutien d’étiage et préservation des milieux naturels.

    La réserve naturelle nationale du Venec est directement concernée.

    Et c’est là que le problème devient encore plus délicat.

    Le Venec abrite l’une des dernières grandes tourbières bombées encore en bon état de Bretagne. La tourbe y atteint 4,5 à 5 mètres d’épaisseur et s’est constituée sur plus de 5 000 ans.

    Or les variations du niveau du réservoir peuvent avoir des conséquences sur cette tourbière.

    Le plan de gestion de la réserve souligne notamment que l’exposition de la tourbe à l’air libre peut favoriser son assèchement, sa minéralisation et son érosion.

    Ce que nous voyons comme une rive qui recule est donc aussi potentiellement un problème écologique beaucoup plus complexe.


    

            2026 : quand les chiffres rejoignent enfin ce que l’on voit

    Ce qui me frappe cette année, c’est justement la concordance entre les données officielles et mon observation personnelle.

    D’un côté :

  •     seulement 4 mm de pluie à Brennilis au début du mois d’août ;

  •     un déficit pluviométrique de 92 % sur la période considérée ;

  •     des sols présentant des niveaux de sécheresse décrits comme historiquement faibles en Bretagne ;

  •     des nappes particulièrement basses dans le Finistère ;

  •     des cours d’eau dont les débits sont très inférieurs aux normales ;

  •     et un Finistère placé en crise sécheresse depuis le 7 août.

    Et de l’autre :

    un lac Saint-Michel visiblement amaigri, tel que je ne l’avais jamais observé depuis douze ans de fréquentation régulière.

    C’est probablement cette confrontation entre les statistiques et le paysage qui rend cette année si particulière.


    

            Une image qui devrait nous interpeller

    Je crois que c’est aussi cela qui rend les changements climatiques difficiles à appréhender.

    Un chiffre comme « 92 % de déficit pluviométrique » reste abstrait.

    Un débit de rivière inférieur à une moyenne interannuelle reste abstrait.

    Même le classement d’un département en « crise sécheresse » peut sembler lointain.

    Mais lorsque l’on arrive devant un paysage que l’on connaît depuis des années et que l’on ne le reconnaît presque plus, le message devient beaucoup plus concret.

    Pour moi, le lac Saint-Michel est l’un des paysages emblématiques des Monts d’Arrée.

    Je l’ai photographié maintes fois.

    Je l’ai vu changer avec les saisons et avec les années.

    Mais cette fois, mon sentiment est très différent.

    Ce n’est pas seulement un beau paysage qui a changé. C’est un signal.


    

        Faut-il s’inquiéter pour l’avenir ?

    Il serait évidemment excessif de tirer d’un seul été la conclusion que le lac Saint-Michel va durablement disparaître ou que son niveau actuel constitue à lui seul une preuve d’un record historique.

    Les niveaux d’un réservoir sont soumis à de nombreux paramètres : précipitations, ruissellement, évaporation, prélèvements, lâchers d’eau et gestion du soutien d’étiage.

    Et je n’ai pas trouvé, à ce jour, de donnée officielle permettant d’affirmer que le niveau observé en août 2026 constitue le minimum historique absolu du réservoir.

    Mais cela ne retire rien à mon constat.

    Depuis douze ans que je fréquente régulièrement cet endroit, je n’avais jamais vu le lac Saint-Michel aussi bas.

    Et lorsque ce témoignage rejoint une situation hydrologique officiellement qualifiée de crise, avec des nappes très basses, des cours d’eau à des niveaux rarement observés et un déficit de pluie exceptionnel à Brennilis, il devient difficile de considérer le spectacle comme une simple anomalie esthétique.

    


            Les Monts d’Arrée nous montrent peut-être ce que sera la Bretagne de demain

    La Bretagne a longtemps été considérée comme une région privilégiée face aux problèmes de manque d’eau.

    Il pleut.

    Beaucoup.

    C’est même l’une des premières choses que l’on associe à notre région.

    Mais cette perception est en train de changer.

    Le Département du Finistère rappelle lui-même que le territoire est particulièrement vulnérable aux sécheresses parce que ses ressources reposent largement sur les eaux de surface et que la géologie bretonne favorise le ruissellement plutôt que le stockage dans de grandes nappes souterraines.

    Le Département estime par ailleurs que, dans les prochaines décennies, les débits des cours d’eau pourraient diminuer de 10 à 30 % avec le changement climatique.

    Alors peut-être devons-nous regarder différemment ce lac.

    Pas seulement comme un endroit magnifique pour une promenade, une randonnée ou une photographie.

    Mais comme un indicateur grandeur nature de l’état de notre ressource en eau.

    

        Ce que j’ai vu à Botmeur

    Je terminerai simplement par ce que j’ai ressenti.

    Je suis resté devant ce lac que je connais depuis douze ans.

    Et j’ai été sincèrement triste.

    Les Monts d’Arrée sont pour moi l’un des plus beaux endroits de Bretagne. Je connais leurs paysages, leurs landes, leurs tourbières, leurs crêtes et leurs lumières changeantes.

    Mais ce jour-là, devant le réservoir Saint-Michel, quelque chose m’a manqué.


    L’eau.

    Cette immense surface bleue qui donne au Yeun Elez une partie de son caractère était beaucoup plus loin.

    Et je n’avais jamais vu cela ici.

    J’espère évidemment que les pluies finiront par revenir et que le lac retrouvera son visage habituel.

    Mais je garderai probablement longtemps cette image de 2026.

    Parce qu’elle est peut-être l’une de ces images dont on se souvient plus tard en se disant :

    « C’est cette année-là que j’ai vraiment compris que quelque chose était en train de changer. »


    Article basé sur une observation personnelle réalisée au réservoir Saint-Michel, secteur de Botmeur/Brennilis, et sur les données hydrologiques et administratives disponibles au 27 août 2026.



Toutes les photos sont prises par mes soins et sont donc ma propriété. Vous pouvez me les demander si nécessaire.

          

 
 
 

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